Seigneur, Donnez-nous des prêtres

Seigneur, Donnez-nous de saints prêtres

Seigneur, Donnez-nous beaucoup de saints prêtres

« Le prêtre doit pouvoir donner sa vie à chaque instant, de manière absolue »

A l’heure où le célibat des prêtres est remis en question, nous vous invitons à (ré)écouter l’homélie prêchée par le Père Jérémie

Extraits de la lettre de Saint Jean-Paul II adressée aux prêtres

Jeudi Saint le 8 avril 1979

 

 

Signification du célibat

Permettez-moi d’aborder ici le problème du célibat sacerdotal. […]

Nous ne devons pas trop nous étonner, du reste, de toutes ces objections et critiques, qui se sont intensifiées dans la période postconciliaire mais semblent aller en s’atténuant ici et là aujourd’hui. Jésus-Christ, après avoir présenté aux disciples la question du renoncement au mariage  » en vue du Royaume des cieux « , n’a-t-il pas ajouté ces paroles significatives :  » Comprenne qui pourra !  » L’Église latine, en se rapportant à l’exemple du Christ Seigneur lui-même, à l’enseignement des Apôtres et à toute la tradition qui lui est propre, a voulu et continue à vouloir que tous ceux qui reçoivent le sacrement de l’Ordre assument ce renoncement  » en vue du Royaume des cieux « . […].

 

Nous avons tous conscience de porter ce trésor dans des vases d’argile ; mais nous savons bien que c’est un trésor. Pourquoi un trésor ? […] Le célibat est justement un  » don de l’Esprit « .

 

Un don semblable, bien que différent, est contenu dans la vocation à l’amour conjugal véritable et fidèle, orienté vers la procréation selon la chair, dans le contexte si élevé du sacrement de mariage. On sait combien ce don est fondamental pour construire la grande communauté de l’Église, peuple de Dieu. Mais si cette communauté veut répondre pleinement à sa vocation en Jésus-Christ, il faut que se trouve en elle, selon la proportion voulue, cet autre  » don « , le don du célibat,  » en vue du Royaume des cieux « .

Pour quelle raison l’Église catholique latine lie-t-elle ce don non seulement à la vie des personnes qui acceptent le programme austère des conseils évangéliques dans les Instituts religieux mais aussi à la vocation au sacerdoce à la fois hiérarchique et ministériel ?
Elle le fait parce que le célibat  » en vue du Royaume  » n’est pas seulement un signe eschatologique : il a également une grande signification sociale, dans la vie présente, pour le service du peuple de Dieu.

 

Par son célibat, le prêtre devient  » l’homme pour les autres « ,

 

d’une manière différente de celui qui, en se liant à la femme dans l’union conjugale, devient lui aussi, comme époux et père,  » homme pour les autres  » surtout dans le cercle de sa propre famille, c’est-à-dire pour son épouse, et avec elle pour ses enfants auxquels il a donné la vie.

Le prêtre, en renonçant à cette paternité propre aux époux cherche une autre paternité, et même presque une autre maternité quand on pense aux paroles de l’Apôtre au sujet des enfants qu’il engendre dans la douleur. Ce sont là des enfants de son esprit, des hommes confiés par le Bon Pasteur à sa sollicitude. Ces hommes sont nombreux, plus nombreux que ceux que peut embrasser une simple famille humaine. La vocation des prêtres est grande et le Concile enseigne qu’elle est universelle : elle est au service de toute l’Église ; elle est donc aussi missionnaire. Normalement, elle est liée au service d’une communauté déterminée du peuple de Dieu dans laquelle chacun s’attend à recevoir attention, sollicitude, amour.

 

Pour être disponible à un tel service, à une telle sollicitude, à un tel amour, le coeur du prêtre doit être libre. Le célibat est le signe d’une liberté en vue du service.

 

Par ce signe, le sacerdoce hiérarchique, ou  » ministériel « , est, selon la tradition de notre Eglise, plus étroitement ordonné au sacerdoce commun des fidèles.

 

Épreuve et responsabilité

On peut considérer comme le fruit d’une équivoque – pour ne pas dire de la mauvaise foi – l’opinion assez répandue selon laquelle le célibat sacerdotal dans l’Église catholique serait simplement une institution imposée par la loi à ceux qui reçoivent le sacrement de l’Ordre. Nous savons tous qu’il n’en est pas ainsi.

Tout chrétien qui reçoit le sacrement de l’Ordre s’engage au célibat, en pleine conscience et en toute liberté, après une préparation de plusieurs années, une profonde réflexion et une prière assidue. La décision de vivre dans le célibat, il ne la prend qu’après être parvenu à la ferme conviction que le Christ lui concède ce  » don  » pour le bien de l’Église et pour le service des autres. C’est seulement alors qu’il s’engage à l’observer durant toute sa vie. Il est évident qu’une telle décision oblige non seulement en vertu de la  » loi  » établie par l’Église, mais aussi en vertu de la responsabilité personnelle.

 

Il s’agit ici d’être fidèle à la Parole donnée au Christ et à l’Église. La fidélité à cette parole est à la fois un devoir et le test de la maturité intérieure du prêtre, elle est l’expression de sa dignité personnelle.

 

Cela se manifeste dans toute sa clarté lorsque la fidélité à la parole donnée au Christ, par un engagement conscient et libre au célibat pour toute la vie, rencontre des difficultés, est mise à l’épreuve, ou bien est exposée à la tentation, toutes choses qui n’épargnent pas le prêtre, pas plus que n’importe quel homme ou n’importe quel chrétien.

A ce moment, chacun doit chercher le soutien dans une prière plus fervente. Il doit, grâce à la prière, retrouver en lui-même l’attitude d’humilité et de sincérité à l’égard de Dieu et de sa propre conscience, dans laquelle justement il puise la force de soutenir ce qui vacille. C’est alors que naît en lui une confiance semblable à celle qui faisait dire à saint Paul : « Je puis tout en Celui qui me rend fort« . Ces vérités sont confirmées par l’expérience de nombreux prêtres et démontrées par les réalités de la vie.

 

Leur acceptation constitue le fondement de la fidélité à la parole donnée au Christ, qui est en même temps le test de l’authentique fidélité à sa propre conscience, à sa propre humanité et dignité.

 

Il faut penser à tout cela surtout dans les moments de crise, au lieu de recourir à la dispense entendue au sens d’ »intervention administrative « , comme si, au contraire, il ne s’agissait pas en réalité d’une profonde question de conscience et d’une preuve de maturité humaine. Dieu a droit à ce que chacun d’entre nous lui donne cette preuve, s’il est vrai que la vie terrestre est pour tout homme un temps de mise à l’épreuve. Mais Dieu veut également que nous sortions vainqueurs de telles épreuves et il nous donne pour cela la force nécessaire. […]

 

Ajoutons enfin que nos frères et soeurs liés par le mariage ont le droit d’attendre de nous, prêtres et pasteurs, le bon exemple et le témoignage de la fidélité à la vocation jusqu’à la mort, fidélité à la vocation que nous suivons en recevant le sacrement de l’Ordre, comme ils la suivent en recevant le sacrement de mariage. 

 

[…] cette manière nous servons  » à construire le corps du Christ  » ; autrement, au lieu de contribuer à son édification, nous en affaiblissons l’organisme spirituel. A cette édification du corps du Christ est étroitement lié l’authentique développement de la personnalité humaine de chaque chrétien – comme d’ailleurs de chaque prêtre qui se réalise à la mesure du don du Christ. La désagrégation de l’organisme spirituel de l’Église ne favorise certainement pas le développement de la personnalité humaine et ne constitue pas une preuve de cette dernière.